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Eve Adam - 10 - Premiers poils

par Hélène Grenier 8 Octobre 2020, 15:35 Ecriture Hélène Grenier

 

Je m'appelle Ève. J’ai 14 ans. Je constate avec dépit l’apparition de mes premiers poils sous les bras, et en bas de mon ventre. Déjà j’ai remarqué que des copines en ont, des poils sous les bras, puis n’en ont plus. Donc elles les enlèvent. Il va falloir que je les enlève aussi. Puis quelque chose de plus grave m’arrive. Je saigne. Maman m’explique et me rassure. Mais ça ne me rassure pas, ça me dégoûte. Je me demande ce qu’on me cache encore. Et là, elle me met au courant de quelque chose qui me laisse incrédule : pour faire des bébés, le papa enfile son sexe dans celui de la maman. J’ai quatorze ans, nous sommes en 1967 et je ne le sais pas encore. Je m’écrie : si c’est comme ça, alors je ne me marierai jamais !

Je ne sais pas de quand date ma prise de conscience que les garçons me dégoûtent. Tant que je suis gamine, ce n’est pas un problème, mais dès la préadolescence, en voyant mes copines minauder devant eux, je perçois que quelque chose ne colle pas. À l’époque, les années 60, et dans mon milieu, la petite bourgeoisie du Plessis dans la banlieue ouest de Paris, on ne parle pas de sexe. Seulement à mots couverts, avec des périphrases alambiquées. Si alambiquées que, me sentant peu concernée, je ne cherche pas à décrypter. Les garçons ne m’intéressent pas, point. En revanche, je ressens un trouble parfois en compagnie de certaines meilleures amies – au pluriel car je n’ai pas, dans ces années-là, de véritable meilleure amie.


Quand Luc a 13 ou 14 ans, je commence à le voir s’intéresser aux filles. C’est à l’occasion des grandes vacances, nos parents ont loué comme chaque année une maison à la campagne. Luc a vite repéré le camping du village où de nombreuses familles sont installées, répandant ados et préados trainant leur ennui aux alentours. Et là, en observant les petits couples se faire et se défaire, se renforce en moi l’impression que quelque chose m’échappe. Que cherchent-ils, les uns et les autres ? Je ne vois vraiment pas l’intérêt. 


Je ne suis pas attirée par les garçons, mais j’ai aussi passé l’âge des jeux et chatouilles avec les filles de mon âge. Je n’y pense pas tout le temps, le travail au lycée m’occupe suffisamment, je suis une élève studieuse, et il n’est question ouvertement de sexe nulle part à cette époque, en tout cas à ma connaissance. Donc, ce sujet n’en est pas un, ou vaguement à la marge de ma vie. Un souvenir quand même : un soir, je n’arrive pas à dormir, une excitation bizarre m’en empêche. Je sens bien que ça se passe entre mes jambes, comme une envie de pisser, mais pourtant je n’ai pas envie. Ma main va fureter par-là, et une sensation puissante et incompréhensible se met à monter, je me trémousse en prenant garde de ne pas réveiller ma petite sœur Madeleine qui partage ma chambre. Je ne connais même pas le mot « masturbation ». 
 

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