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Aucune ambition

1 Avril 2010, 09:00 Manuel de Survie pour l'Artiste

Yves Desvaux Veeska, portrait de l'artiste sans aucune ambition.

Yves Desvaux Veeska, portrait de l'artiste sans aucune ambition.

On nous parle tellement d’économie tout le temps. L’économie, oui, c’est vrai, ça irrigue toutes nos activités en société, même l’art. Mais moi, je trouve que les financiers, les banquiers, le tout-venant des hommes d’affaires, ils ne m’expliquent pas assez bien.


Et dans ma vie d’artiste, à force d’entendre parler de gros sous, je ne sais plus où j’en suis. Alors j’observe comment ils font dans les autres professions. Par exemple, je m’imagine : paysan. C’est un fantasme raisonnable. J’ai une haute idée de moi-même et je suppute que spontanément, je n’aurais pas envie de produire des produits de mauvaise qualité gustative, dans des conditions de travail épuisantes, vendus à vil prix, en m’endettant à mort, en sous-payant mes employés, en polluant les sols et l’air, en surproduisant pour détruire ensuite les excédents, en martyrisant des bêtes dans des élevages dantesques. Je n’aurais pas envie d’être subventionné pour ça, en faisant une concurrence déloyale aux agriculteurs du tiers-monde, et que ça ait en plus des conséquences néfastes pour ma santé et celle des autres. Pas trop envie.


Sauf si on me dit que c’est le progrès, bien sûr. Ou que je dois le faire pour des raisons é-co-no-miques. Là, je n’aurai plus qu’à fermer mon bec. Laisse parler les spécialistes. Mais je rêve et je vais jusqu’à imaginer que, techniquement, c’est possible pour un paysan de produire avec fierté de la nourriture de qualité en quantité, pour un prix raisonnable. Il y a même des paysans qui ont commencé. Mais ceux-là ne sont pas de vrais « exploitants agricoles », ils ne se rendent pas compte : ils rabiotent sur les pesticides, les antibiotiques, les transports, les emballages, la publicité, le marché de la décontamination des sols et celui du mal de vivre. Ils rabiotent sur tout. Beaucoup d’emplois en moins. Avec eux, on finira par licencier les intermittents du spectacle qui jouent les vieux paysans à moustache et casquette dans les clips publicitaires de l’agro-industrie.


Voilà. Je n’ai rien compris à l’économie, et c’est pour ça que je ne ferai jamais carrière dans l’art. Quoi? Je veux rester artiste toute ma vie, au lieu de devenir un exploitant d’art comme il y a des exploitants agricoles. Aucune ambition ce mec. Ce n’est pas comme ça que la France va s’en sortir dans la mondialisation.


8 avril 2007

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