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Fanatisme et propagande

par Yves Desvaux Veeska 29 Septembre 2014, 15:01 Le sens de la vie (expliqué aux futurs morts)

Pas-de-Cartier

Ça ne se passe pas dans une dictature religieuse au fin fond d’un pays obscurantiste, et pourtant. Je ne sais pas pour vous, mais moi je suis harcelé par des idéologues, qui m’envahissent de leur propagande où que je sois, quoi que je fasse. Le matin, je ne peux plus mettre la radio à cause de leurs interventions bruyantes et agressives. Si j’achète un journal, je dois parfois tourner plusieurs pages saturées de leurs messages envahissants pour trouver quelque chose à lire. Si je n’achète pas de journal, on m’en donne un gratuit dans le métro pour être bien sûr que j’aille me gaver de leurs histoires édifiantes. Si j’ai besoin de consulter internet, c’est encore pire : difficile d’échapper à des animations sautillantes et fatigantes préconisant tel comportement à avoir, telle apparence à présenter, tel objet à posséder. Je n’ose plus laisser le son sur mon PC de peur d’être soudain agressé par un appel tonitruant et racoleur pour une de ces choses qu’ils veulent m’imposer. Quand mon téléphone sonne, c’est de plus en plus souvent l’un de leurs agents basé à l’étranger qui, depuis un call center, cherche à me fourguer quelque chose ; si j’ouvre ma messagerie, ces fanatiques l’ont saturée de messages que je suis obligé d’effacer jour après jour. Dans la rue, dans le métro, partout, leurs affiches de plusieurs mètres carrés se rappellent à mon bon souvenir, appuyées maintenant par des écrans vidéo qui gaspillent l’énergie que d’autres messages me demandent d’économiser ; quand je rentre chez moi, je dois chercher mon courrier noyé dans une pile de papiers bariolés et tapageurs, de fausses lettres personnelles avec des promesses fallacieuses. A la télévision, même si cette propagande a le mérite de me fournir l’occasion d’aller pisser, j’aimerais pouvoir y échapper quand même ; au cinéma, difficile d’aller voir un film sans être pris en otage pour supporter sur grand écran leurs sornettes rusées. Ces idéologues fanatiques, ces fous du dieu consommation savent, il faut bien le dire, nous harceler jusqu’à nous faire craquer avec leur propagande diaboliquement habile, belles images, musiques séduisantes, fausses complicités manipulant tout l’éventail des sentiments humains : sexe,  sentiment, humour, envie d’être reconnu…

Et quand j’essaie de savoir ce qui se passe dans le monde, j’ai bien du mal à échapper à une information financée par ces idéologues. Dans les médias, on me bombarde de nouvelles au sujet de personnalités insignifiantes pour moi (people, ça s’appelle) ; on me raconte jusqu’à saturation des attentats, des meurtres, des guerres, des crises, jusqu’à ce que tout paraisse se valoir sans qu’on ne puisse plus rien y faire. A ce moment-là, la sortie d’une nouvel IPhone, qui fait les gros titres pendant des jours, agit comme un baume. Futilités d’un côté, peurs et menaces de l’autre, on n’oublie aucune case de mon cerveau. Pourtant…

…Pourtant, dans le monde réel, pas celui des écrans, des médias, de la pub, il existe des gens posés et des actions positives. Mais ils n’ont pas de conseiller en communication. Ils ne clament pas leur vertu. Ils exercent un pouvoir dans leur domaine, non pour en jouir mais pour agir. Ils se servent de l’argent comme d’un outil d’échange et d’action, sans plus. Ça n’a rien de spectaculaire. Pas de quoi faire les gros titres. Rien à vendre dans l’immédiat.

Mais quel ennui, la vertu. Nike la pub. Ce soir, BigMac, Coca zero, tranquillisant, puis Facebook.

Just do it. (Ce harcèlement publicitaire est un cauchemar qui tente même de nous priver du vocabulaire pour le dénoncer.)

 

Cerveaux-disponibles

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