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Il existe deux façons de penser la peinture...

31 Mars 2010, 22:10 Manuel de Survie pour l'Artiste

Fondation Veeska : un énorme déblocage dans l'art contemporain.

Fondation Veeska : un énorme déblocage dans l'art contemporain.

 

« L'ART CONTEMPORAIN, FAITES-LE VOUS-MÊME », « POUR DES HISTOIRES PERSONNELLES DE LA PEINTURE » : ces deux textes qui datent de 1989-1990 témoignent  d’un point de passage dans mon cheminement de peintre. Mais en 2007, 17 ans après, je pense à toutes les personnalités du monde de l’art qui sont décédées depuis et qu’on a déjà oubliées. Peut-être injustement oubliées, peut-être pas. C’est trop tard pour en discuter avec elles, alors c’est pour ça que j’écris ici et maintenant.

Pour des Histoires personnelles de la peinture

Avril 1990

 

Il existe deux façons de considérer l'art en général, et la peinture en particulier : d'un point de vue classique, ou subjectif. (Une troisième façon : on s'en fout.)

 

Classique, l'œuvre répond à certains critères d'ordre, sur le plan de la forme et celui du contenu. Cet ordre reflète à la fois l'homme et une société à un moment donné -La Renaissance fournissant l'exemple type-, et s'exprime à travers la recherche et la codification d'une eurythmie, c'est-à-dire un agencement idéal de formes et de sens.

 

Cette eurythmie de la Renaissance qui a donné tant de chefs-d’œuvre et pas mal de peintures barbantes a dégénéré au XIXe siècle en pompiérisme : car des formes adaptées au temps qui les a vues naître ne peuvent garder le même sens ni la même portée dans un autre temps bouleversé par des révolutions politiques, économiques, technologiques, industrielles. Sur les ruines du classicisme et de ses dérivés, deux façons subjectives de penser l'art allaient se disputer le terrain.
 

PAS D'ABSOLU POUR MARCEL
D'un côté, Marcel Duchamp jette le bébé classicisme avec l'eau du bain art : en exposant dés 1913 une simple roue de bicyclette dénommée comme œuvre d'art, il signifie qu'il n'existe pas d'absolu esthétique. Seuls comptent le regard plus ou moins pertinent et désintéressé de la société, et le caprice de l'artiste qui s'autoproclame tel, décidant souverainement, arbitrairement, que ceci est de l'art et cela n'en est pas. Cette position, au départ simplement malicieuse, a fini par provoquer un énorme blocage dans l'art contemporain où se sont coincés des centaines d'artistes et d'institutions artistiques : qui n'a jamais visité d'expositions d'art conceptuel, ou minimal, en passant par le bad painting, d'un ennui mortel à force de vacuité militante ou d'extrémisme didactique ?

 

L'autre façon de penser l'art pourrait être caractérisée par un Kandinsky, peintre, enseignant et théoricien, qui a cherché sur les ruines du classicisme de la Renaissance à élaborer une nouvelle grammaire formelle adaptée à son temps. Lui avait une approche théosophique; d'autres artistes, tentant la même démarche universaliste, ont pu demander à la Science, à la mécanique ou à la lutte des classes l'argument de base sur lequel édifier leur théorie.

 

Mais le point commun entre Duchamp et Kandinsky, Picasso et Marinetti, Malevitch et Klein, c'est finalement le subjectivisme. Car le XXe siècle, ouvert à tous les vents de la connaissance, se trouve perclus d'éclectisme et incapable d'édifier un ordre classique commun à toute la société. Chacun pour soi. Il existe bien des critiques, des expositions, des Histoires de l'art pour proposer des classements, distribuer des bons points. Mais au nom de quoi préférer tel artiste ou telle œuvre ? Les années 1910 ou 20, racontées en 1930, 40, 50, 70 ou 90, chaque fois réécrites au goût du jour, ne nous donnent pas la réponse
 

JOSEPH QUI DÉTESTAIT LA PEINTURE
Je propose une leçon à tirer de tout cela : que chacun, artiste ou pas, cherche d'abord pour soi avec sincérité et rigueur, la forme de peinture qui aura vraiment une résonance en lui, pour rayonner ensuite plus ou moins loin autour de lui. Le « tout le monde est artiste » de Joseph Beuys (qui détestait d'ailleurs la peinture) avec la « nécessité intérieure » de Kandinsky. Car les plus grandes œuvres de la peinture contemporaine ne vous touchent peut-être pas plus qu'un portrait de Marilyn pour l'enfant qui cherche celui de sa mère, pour l'amant qui veut contempler sa femme. Cette œuvre dans ce musée n'a pas été faite pour vous, elle ne vous a pas été offerte, elle ne vous concerne peut-être pas et puis elle vous regarde de travers de haut de sa cote et derrière sa vitre blindée. La peinture essentielle, celle qui va vous bouleverser, elle est peut-être encore à faire. Et c'est peut-être à vous de la faire.

 

Tel est le sens et le but de l'enseignement que je propose, essentiellement équivalent dans mon esprit à la peinture que je produis moi-même : il s'agit toujours de donner le jour à des formes, qu'elles viennent des autres, ou de moi, dont l'exigence à la fois matérielle et morale rendre caduque la dichotomie entre amateurs et professionnels. Le vrai clivage est ailleurs : entre ceux qui imitent des modèles extérieurs -peintres du dimanche et artistes branchés-, et ceux qui sont en quête de leur modèle intérieur.
 

MARCEL, JOSEPH, JEAN, IL FAUT LES COMPRENDRE
Marcel Duchamp, Jean Dubuffet ou Joseph Beuys, artistes majeurs moins reconnus comme tels par le public que par les institutions artistiques (écoles, musées... ) qu'ils contestaient justement, nous apprennent finalement cela : il faut oublier leur œuvres, simples reliques individuelles, et comprendre leurs attitudes pour devenir capables de fabriquer puis de reconnaître ses propres peintures comme des œuvres significatives de l'Histoire de la peinture, de son Histoire personnelle de la peinture.

 

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