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La contemplation sans la possession

6 Juin 2010, 12:31 Manuel de Survie pour l'Artiste

A gauche : Richard Wright (2009) - A droite : Andy Goldsworthy, Screens series, Lake district England 1988 (cliquez pour agrandir)A gauche : Richard Wright (2009) - A droite : Andy Goldsworthy, Screens series, Lake district England 1988 (cliquez pour agrandir)

A gauche : Richard Wright (2009) - A droite : Andy Goldsworthy, Screens series, Lake district England 1988 (cliquez pour agrandir)

Il y a d’un côté un Richard Wright, lauréat du prestigieux Turner Prize 2009 : il crée des  peintures directement sur des murs ou des plafonds, pour le temps de leur exposition. Et après, il les efface. « Je m'intéresse à la fragilité du moment de l'engagement, à mettre en valeur ce moment. Voir une œuvre en sachant qu'elle ne va pas durer donne plus d'emphase au temps de son existence (…) ce travail n’a pas à voir avec le futur mais avec le présent. Les choses importantes survivent. On peut évoquer la mort de l’œuvre, mais une partie du projet est au contraire d’intensifier la vie en elle. »

 

Il y a d’un autre côté le marché de l’art. Comment se débrouillera t-il avec ça : les œuvres de Richard Wright ne peuvent pas se stocker, s’acheter et se revendre.

 

Aujourd'hui l'invention, le nouveau, le jamais-vu, qui restent toujours des critères de valeur dans l'art contemporain, portent souvent sur la dimension marchande de l'art. Soit pour l’exacerber, comme ça a été le cas avec le pop art hier ou Jeff Koons aujourd'hui. Soit pour y échapper comme dans ce cas.

 

À côté de ça, se développent aussi ces immenses ateliers-usines en Chine, ou des dizaines de peintres alignés dans un hangar produisent en peinture à l’huile sur chevalet des peintures abstraites, figuratives, copies, originaux, tout ce que vous voulez, pour une clientèle friande d’objets traditionnels faits à la main.

 

En Europe, ce sont des milliers de peintres qui reproduisent dans leur atelier particulier des attitudes artistiques imprégnées de l’image de l’artiste solitaire et créateur, chacun avec sa stratégie pour gagner sa place au soleil. La lutte pour la survie, ou l’espoir de la notoriété, prenant parfois insidieusement le pas sur tout autre programme artistique.

 

Les artistes, comme tout le monde, tendent à se soumettre à un système où toute valeur finit par se mesurer en dollars. Cotes, mesures de fréquentation des expositions, chiffres de ventes sont des critères de légitimation du statut d’artiste.

 

Mais il y a cette démarche de Richard Wright, couronnée par le Turner Prize. Et aussi celle d’autres artistes comme Goldsworthy, dont les œuvres éphémères constituées d’éléments ramassés dans la nature, sont autant d’invitation à la contemplation sans la possession. Ces peintures ou ces installations éphémères, qui peuvent se faire et se défaire, et exister humainement sans se plier à l’obsession universelle de tout transformer en marchandises et transactions, témoignent peut-être que l’homo economicus n’a pas encore complètement supplanté l’homo sapiens. Les grands artistes encore une fois montrent la voie.

 

10 février 2010

 

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