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Peinture d’icône : introduction à l'introduction / 2

par Yves Desvaux Veeska 31 Août 2011, 15:04 Peinture d'icône - première semaine

Office-orthodoxe.jpgJ’ai donc assisté (participé ?) à des offices dans une liturgie que je ne connaissais pas ; préparé du liant à l’œuf ; pris des notes où il apparaît que la leçon de peinture découle de règles théologiques ; je me suis initié à la technique « à la goutte » pour peindre des fonds de quelques centimètres carrés sur plusieurs jours ; j’ai tenté de poser chaque geste pictural comme un acte rituel dans la tradition orthodoxe russe (différente de la byzantine). Le tout dans une ambiance à la fois fervente et gaie, car les hôtes étaient des bons vivants. Je n’ai pas « produit » grand-chose, je n’ai sûrement pas tout compris ou plutôt je n’ai peut-être pas su tout accueillir. Mais j’ai vécu quelque chose.

Un aspect essentiel de ce stage est que chaque journée commençait et se terminait par un office de trente minutes à la chapelle. Jamais je n’ai passé autant de temps, aussi assidûment dans des églises. Au début, j’étais un peu perdu, ne connaissant rien de la pratique orthodoxe : chaque fidèle embrasse les icônes, s’agenouille, se prosterne, s’incline en posant une main par terre… Je m’efforçais de bien observer tous les gestes pour ne pas commettre d’impair, et au début, j’étais comme un touriste en terre inconnue. Et puis, à force d’assister à ces offices, d’écouter les psalmodies, je me laissais porter par la ferveur de l’assemblée, et j’en ressentais du bien.

Je fais une petite parenthèse à ce stade : le plus jeune des petits-enfants du prêtre orthodoxe, environ deux ans, qui était aussi le fils d’un maître de stage, se livrait à moult gestes de gymnastique enfantine en imitation des gestes des fidèles… Ce qui mettait un zeste de fraîcheur joyeuse dans la ferveur de l’assemblée.

Avant de commencer à apprendre à dessiner notre première icône, nous avons dû recopier à la main plusieurs écrits spirituels : la règle de l’iconographe, Invocation de l’Esprit Saint, Prière du matin (Philarète de Moscou). Et j’ai rajouté à cela un autre texte affiché dans l’atelier : « lire une icône ». Cela aurait pu sembler plus rapide de nous donner des photocopies, mais ici, ce n’est pas le lieu de la productivité matérielle. Il faut prendre le temps en toutes choses.

Icone-photocopie1.jpgAprès ces exercices de copie, on nous a quand même donné à choisir une photocopie, parmi plusieurs modèles représentant tous le Christ. On ne choisit pas son sujet, le visage du Christ est la première icône que l’on doit peindre. Cette photocopie était une reproduction au format carte postale en noir et blanc, à partir de laquelle nous devions esquisser trois dessins au crayon, avec pour seule instruction de resserrer légèrement le cadrage. Le béotien que je suis a tenté de reproduire aussi fidèlement possible le document, en trois exemplaires. Après trois études laborieuses, j’ai eu l’occasion d’apprendre que j’étais tout à fait hors-sujet : une icône n’est pas une image (c’est ainsi que je l’avais interprétée tant bien que mal), mais une écriture sacrée où chaque trait obéit à un canon précis, dans son rendu, dans son emplacement, dans l’ordre où il est posé. Au total, j’aurais fait environ 25 dessins avant de seulement approcher de la règle prescrite. La lecture et l’observation d’une telle règle pour quelqu’un qui revendique de peindre en liberté peut sembler exotique. En réalité, nous obéissons toujours à des tas de règles non écrites dans chaque domaine de l’existence, et suivre en conscience une règle écrite est une expérience que j’ai trouvée enrichissante, parce que plus claire.

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