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Art (propos de philosophes et de critiques)

14 Décembre 2011, 15:00 Citations etc

Dans la tradition chinoise, le beau n’est pas une notion fondamentale ; en revanche, l’idéal artistique et esthétique est le « naturel » (ziran), c’est-à-dire ce qui advient sans cause ni raison ; celui-ci se manifeste dans le Yiheming par la simplicité et la maladresse du tracé, qui semble s’incarner de lui-même comme une empreinte ou une nervure dans la roche. Le « naturel » recouvre à la fois une attitude de vie, détachée des contingences matérielles et sociales, et un idéal esthétique, qui implique une réalisation sans effort, résultant de la saisie du principe et de l’énergie animant l’univers : la création est le résultat, non d’une volonté, mais de l’action du Tao en l’artiste, sans que ce dernier intervienne, sinon en étant disponible. La réception de l’œuvre consiste ensuite à revivre intérieurement cette aventure spirituelle à travers le geste vécu par l’artiste, afin de prolonger son principe vital : c’est ainsi que se « transmet l’esprit » à travers les formes. La copier revient à s’attribuer les qualités de son auteur et à entrer soi-même sur la voie de l’immortalité. L’essentiel consiste donc à saisir son esprit et non à simplement imiter ses formes. Leur effacement sous les assauts des éléments et l’usure du temps n’en est que plus significatif.
Yolaine Escande, calligraphe et sinologue, Commentaire de l’estampage (Song, XIe siècle) de L’inscription pour le deuil d’une grue, calligraphie attribuée à Tao Hongjing (514).

L’entier développement de l’art est lié à la dualité de l’apollinien et du dionysiaque.
Nietzsche (1844-1900), Naissance de la tragédie.

Tout art doit être basé sur la vérité. Je rejette les belles choses si, au lieu d’exprimer la vérité, elles expriment le mensonge. J’accepte le formule : « l’art apporte le joie et est bon » mais à la condition que j’ai indiquée. Pour réaliser la vérité dans l’art, je n’attends pas de reproductions exactes des choses extérieures. Seules les choses vivantes apportent à l’âme une joie vivante et doivent élever l’âme.
Gandhi (Conversations avec Romain Rolland.).

L’art et une interruption de la mauvaise continuité de l’histoire.
Walter Benjamin (1892-1940).

L’art qui n’a pas de passé n’a pas d’avenir.
André Malraux (1901-1976).

L’art gagne à être considéré comme un travail, avec des procédures, des ruses, des conflits, des audaces, des batailles à n’en plus finir.
André Chastel, Propos sur le métier, 1990.

Les finalités artistiques, qui sont du domaine de la recherche fondamentale, sont incompatibles avec les finalités sociales et culturelles.
Lise Didier Moulonguet, Secrétaire générale de Savoirs au présent, interview dans Art Press, 09/92.

Picasso, quand il a vu pour la première fois une peinture de Pollock, a dit que ce n’était « rien ».
Joseph Masheck, Art Press 03/93.

« Trop français ! » (L’ultime insulte qui avait cours au sein de l’École de New York dans les années 50, au temps de Pollock, etc…)
D’après Joseph Mashek, Art Press 03/93.

Si l’on cherchait le pire lieu commun concernant les arts plastiques, on le trouverait dans cette étrange idée qu’une œuvre se ressent d’emblée, sans recul et sans réflexion.
Nicolas Bourriaud, Beaux-Art 10/98, Buren, 30 ans de réflexion et un livre.

Ainsi les artistes recyclent-ils les formes afin de les recharger pour un petit public, tandis que l’industrie du film les refabrique dans le but de les décharger sur le grand public.
Nicolas Bourriaud, Beaux-Arts 03/99

L’art (…) est un silencieux mais pénétrant rappel de la dignité d’exister et du devoir de se dépasser.
François Bœspflug, Les religions et leurs chef-d’œuvres, N° spécial Actualité des religions Automne 2000.

Le XXe siècle restera plus par ses concepts que par ses œuvres.
Achille Bonito-Oliva, critique d’art, concepteur de la Trans-Avant-Garde (années 70)

La culture réduite au culturel, aggravé par la diffusion de masse.
Henri Meschonnic (Art press, été 1989)

Si l’Aârt contemporain nous emmerde puissamment (…), c’est d’abord parce qu’il n’a pas commencé par faire l’expérience de la gravité (masse et poids) d’une histoire ou d’une vie. Abstrait ou pas, matériologique ou illusionniste, ramasse-crottin du tout ou poche à vide, il flotte, misérablement, et vite s’évanouit sans laisser de traces autres que ces blocs ici-bas chus du désastre obscur de ce siècle : une boîte de soupe cabossée, là un urinoir, plus loin un barbouillis enfantin où passe fugitivement une ombre, un fantôme, une figure qui ne s’est pas donné le temps (coupables impatients !) de vouloir le temps, la dimension sans fond du temps.
Jacques Henric, à propos du livre de Denis Hollier François Rouan, La figure et le fond, Art Press 01/93.

L’art contemporain ne restitue plus à la société que ses lacunes.
...
L’art a pris le masque d’une sorte de délinquance autorisée, de marginalité conformiste.
...
Le secret vide et les artifices employés pour dissimuler ce qui n’existe pas. L’art ramené au niveau d’un analphabétisme pompeux, d’une culture dégénérée au point de se nourrir de ses propres déchets. Le rien à l’œuvre et sa mainmise sur l’art où il veut rendre sa nullité présente.
...
Sans doute un manque profond de personnalité peut-il seul déterminer de tels appétits d’exhibitionnisme, axés sur les extravagances pathologiques de la conscience, signes individuels du déclin collectif de l’intelligence.
Jean Revol, Art de débiles, débiles de l’art ? (1988)

En remettant en cause la notion d’original, en refusant l’incarnation, la matérialité, l’art d’aujourd’hui et sans doute celui de demain ignorent, non sans ironie, la question des réserves.
Natacha Wolinsky, Beaux-Arts 02/99.

Il ne s’agit pas d’être original à tout prix, c’est la banalité au contraire qui est la matière première de l’art.
Laurent Danchin,  l’art contemporain, et après…

La crise [de l’art] peut prendre deux formes : soit la subjectivité vide de l’auteur, où l’artiste, coupé de toute transcendance, de toute relation à la nature, ne travaille plus que sur lui-même ; soit, deuxième hypothèse, l’art chute dans le formalisme, la virtuosité, la frivolité, les petits jeux techniques qui tournent à vide.
Christian Godin, philosophe, dans Beaux-Arts, 02/2002.

"Il y a plusieurs voies menant à Dieu ; celui qui cherche Dieu selon une voie ne trouve que la voie mais ne trouve pas Dieu caché sous la voie." (Maître Eckart, théologien mystique, XIVe siècle).
Paraphrasons : il existe plusieurs méthodes pour trouver l'art ; celui qui cherche l'art selon une méthode ne trouve que la méthode mais ne trouve pas l'art caché sous la méthode.
Olivier Cena, Télérama 09/07/03

La première forme d’art, ce sont les premières sépultures, elle a été inventée pour lutter contre le deuil.
Boris Cyrulnik, Nouvel Observateur 16/12/04

Pour beaucoup de gens aujourd’hui, la vie dans l’art est un moyen de vivre religieusement sans se l’avouer.
Marcel Gauchet, philosophe, dans la Revue de la cité de la Musique, 09-2007

L’essentiel de l’art contemporain est soutenu par un immense échafaudage de discours sans lequel il s’effondrerait tout simplement et ne possèderait plus rien qui pût le distinguer des détritus.
David Lodge, La vie en sourdine (2008)

Beaucoup de scientifiques pensent que l’art, la poésie, ne sont pas aussi valides que la méthode scientifique. Or un grand artiste, un grand poète, apportent autant d’illumination, de lumière, sur l’univers, qu’un scientifique ou un spirituel.
Trinh Xuan Thuan, astrophysicien, La Vie hebdo 07-08-2008

Vivre d'une façon civilisée consiste à vivre avec art et non pas pour l'art, en remplaçant la vie par l'art. Il arrive que l'on ne saisisse pas la nuance et que, au lieu d'accompagner la vie, on la refoule. On cesse alors d'être un civilisé. On devient un esthète.
Bertrand Vergely (né en 1953) Petit précis de philosophie grave et légère.

La grande désorientation qui plane dans le système de l’art aujourd’hui est liée à la saturation du musée et de l’archive. Les productions artistiques nouvelles ont été condamnées, pour entrer dans la collection, à créer de nouvelles différences par rapport à l’art existant. Et tout ce qui était non-art est devenu art et, en tant qu’art, est entré dans l’archive. L’aspect chaotique de la production artistique à venir ne peut être comprise qu’à partir de ce malaise de l’archive qui est en partie dû à la volonté des artistes d’être collectés, et qui pour cela se font collecteurs d’eux-mêmes.
Peter Sloterdijk, Tu dois changer ta vie, cité dans Beaux-Arts 04-2011, à propos de l’exposition de Richard Prince American Prayer, BNF 29-03 au 06-06-2011.

 

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