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Eve Adam 17 – Oie blanche à la hauteur

par Hélène Grenier 5 Janvier 2021, 18:00 Ecriture Hélène Grenier

Quel est le plus profond, le plus impénétrable des deux: l'océan ou le cœur humain?

L'éléphant se laisse caresser. Le pou, non. Je ne vous conseille pas de tenter cet essai périlleux.

Les chants de Maldoror (1869) de Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont

Nous retrouvons notre routine, pour moi de lycéenne, pour Nicole et Catherine d’étudiantes en première année, et pour Isabelle d’apprentie photographe. Une petite entorse dans cette routine : Isabelle nous apporte un jour des clichés qu’elle a tirés en cachette. Un client de la boutique photo où elle est en stage, a apporté une pellicule un peu spéciale : lui en train de se faire sucer par sa compagne. Le patron d’Isabelle, offusqué par ces prises de vue, les met de côté en précisant à Isabelle qu’il dira au client «qu’ils ne font pas ce genre de travail.» Mais Isabelle, avant de rendre les négatifs, aura pris soin de les développer et tirer pour elle et pour nous. En regardant ces photos, l’oie blanche que je suis n’en croit pas ses yeux. Mais je prends un air blasé et peu intéressée pour dissimuler ma stupéfaction. J’ai lu Les Chants de Maldoror, et je me suis perdu dans ces images fantastiques, mais là ce n’est plus de la littérature, c’est du réel qui me parait tout aussi inconcevable.


Je me sens tiraillée entre ma vie sage et prudente, qui me va, et ces choses extraordinaires qui s’écrivent, ou se font même, et que je n’arrive pas à situer dans ma réalité. Tiraillée, parce qu’attirée et dégoûtée à la fois. J’ai envie de ne plus être dupe, de grandir. Et d’autres fois, j’ai simplement envie de lire Lisette comme avant.


Parallèlement, Nice News notre petit journal vit son train-train, mené par moi qui m’y connait en routine. Mais un jour, Nicole et Isabelle décident toutes les deux de changer le titre en «Vice News». Catherine, conservatrice dans l’âme, est choquée par ce nouveau titre agressif, mais j’acquiesce volontiers, désireuse de me montrer à la hauteur de mes copines plus âgées. Nous ignorons alors qu’un grand média international reprendra ce titre de Vice en 1994, et même de Vice News en 2013 sur internet. Nous n’y sommes pour rien. 
 

1970 / 1975
Cinq ans plus tard, Vice News atteint quand même les cinquante numéros. Il est alors imprimé en offset, signe de standing pour un fanzine. C’est un titre remarqué (un peu) dans la presse « underground » de l’époque et dont on trouve encore des traces sur internet. Il compte même quelques abonnés payants, et est distribué en mobylette dans un petit nombre de librairies du Quartier Latin. Vice News est surtout une source de contacts de tous ordres dans le monde de la bédé et de la free-press, la « freep » selon l’apocope de l’époque. Il constituera une base de départ pour la communauté de filles que nous fonderons un peu plus tard sous le nom gentiment provoc de Nice Vice .

 

Mais je n’ai encore jamais baisé. Je n’ai même pas osé faire croire que je l’avais fait. Et je veux que ça change.
 

Suite des souvenirs d'Eve Adam, en réalité Christine Adam, écrivant sous le pseudonyme d'Hélène Grenier.

Episode précédent : Quatre filles, trois pannes, et retour
Prochain épisode : Besoin d'être normale

Eve Adam 17 – Oie blanche à la hauteur
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