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Eve Adam 18 - Besoin d’être normale

par Hélène Grenier 12 Janvier 2021, 11:00 Ecriture Hélène Grenier

La normalité, c’est l’adaptation en général, et celle-ci résulte d’une capitulation. Selon Ronald D. Laing, ce que nous qualifions de «normal» est le produit du refoulement, du reniement, de la dissociation, de la projection, de l’introjection, et d’autres formes destructrices de l’expérience.

Michel Thévoz.

Suite des souvenirs d'Eve Adam, en réalité Christine Adam, écrivant sous le pseudonyme d'Hélène Grenier.

1970. Je suis encore très loin de m’avouer que je ne suis pas attirée par les garçons, mais je n’ai pas fini de m’obstiner, tant j’éprouve le besoin d’être normale, dans un temps où l’homosexualité est encore un drame. À l’âge de 17 ans, j’ose aborder Jean-Claude, 19 ans, deux ans de plus que moi. Dans la boum où je le repère, il a l’air aussi mal à l’aise que moi, il n’est pas trop beau, j’estime que j’ai mes chances.


Et on sort ensemble. Jusqu’à entreprendre une randonnée à vélo dans le Morvan. Je me souviens d’une côte interminable de quinze kilomètres où, à mon étonnement, il a du mal à me suivre. Puis une descente rapide de cinq kilomètres vers Bligny-sur-Ouche, sous une pluie battante. Arrivés dans le bourg, trempés et fauchés – pas question d’aller à l’hôtel – nous ne savons où nous réfugier. Nous avisons une baraque communale humide et ouverte à tous les vents, mais cette pluie, et ce froid… À l’épicerie, nous demandons qui pourrait nous héberger et on nous envoie chez le Maire. Celui-ci, avec sa femme, nous accueille chaleureusement, nous invite à dîner, nous propose une chambre. À deux lits. Nous nous installons sagement l’un à côté de l’autre. J’attends qu’il se passe quelque chose. Lui peut-être aussi. Mais rien.


Nous passons une autre nuit dans une maison en construction, sur le béton, et le froid plus l’obstacle des sacs de couchage nous évitent de nous poser la question.


Une autre étape nous conduit dans le morne et inconfortable deux-pièces que je loue rue de la liberté à Auxerre. Là, Jean-Claude s’installe dans mon lit sans me demander mon avis. Je ne me vois pas me glisser sous les draps avec lui et je ne sais trop quelle contenance prendre. La pièce comporte un deuxième lit, mais un lit d’enfant, petit même pour moi. Je me résous quand même à m’y installer, dans mon sac de couchage. Avec une maladresse et une grossièreté touchantes, Jean-Claude tente de m’attirer à lui : – « Viens avec moi, je ne te toucherai pas. Et puis, regarde, là-bas, tu es à côté de la poubelle. Tu préfères rester côté poubelle ? Viens ?... » Interminables et imbéciles invites. Encore rien. Le lendemain, je lui fais la tête.  Nous reprenons le train le lendemain pour rentrer chez nous. Fin de cette histoire-là. 

 

Prélude à l’après-midi d’un faune ?

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