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Eve Adam 30 - C’est moi qui fais l’autoportrait de mes amies

par Hélène Grenier 21 Avril 2021, 08:50 Ecriture Hélène Grenier

« Quelle est la différence entre ce que nous sommes et ce que les autres savent de nous ? »
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Daniel Mendelssohn Une odyssée : Un père, un fils, une épopée, 2017

[Suite des souvenirs d'Eve Adam, en réalité Christine Adam, écrivant sous le pseudonyme d'Hélène Grenier.]

En relisant en diagonale mes souvenirs, je me rends compte d’un de mes principaux défauts, mais qui est peut-être commun à beaucoup de gens, voire à tout le monde, sauf les saintes et les saints. Je ne m’intéresse réellement, sincèrement, qu’à ma petite personne. Pourtant, je ne crois pas avoir une mauvaise réputation d’égoïste autocentrée. Dans les faits, j’ai vécu dix ans en communauté avec trois puis deux copines, ensuite je me suis mariée, j’ai eu trois enfants, puis divorcée j’ai eu quelques liaisons agréables avant de me remarier… avec une femme. J’ai aussi pratiqué l’enseignement avec un certain succès. Bref, j’ai donné quelques gages aux personnes qui m’ont connue ou me connaissent, pour donner de moi l’idée que je suis à peu près une « bonne personne ». Mais, à part sans doute mes enfants, toutes les bonnes relations que j’ai veillé à entretenir, avec mes amies, amis, époux puis épouse, famille, tout m’a été inspiré par le désir de me protéger, de servir mes intérêts dans cette traversée de la jungle que représente pour moi le simple fait de vivre.


Ces quelques lignes qui précèdent, où je parle encore de moi, sont en fait le prologue de ce que j’avais prévu d’écrire pour parler de trois personnes qui ont compté dans ma vie, Nicole, Isabelle, Catherine, dont j’avais envie de faire le portrait. Au seuil de cet exercice, j’en perçois les limites. J’ai vécu et partagé beaucoup de choses avec elles, mais ce que je sais d’elles est infime. Est-ce que je m’y intéresse vraiment ? Je leur reconnais des qualités, parce que cela me fait du bien de penser que celles qui ont été des amies proches pendant dix années de ma vie contribuent à valoriser l’idée que je me fais de moi-même.


Je vais quand même tenter de les décrire telle que je les perçois, pour voir où cela me mène.


Nicole était, de manière implicite, plus ou moins la leader de notre groupe, dans la mesure où les trois autres, dont moi, nous nous positionnions par rapport à elle. Mais était une leader naturelle, sans vraiment vouloir l’être. Elle avait un charisme particulier que j’ai du mal à m’expliquer. Dans un groupe, elle captait l’attention, mais n’en abusait pas. Quand elle était absente, elle ne donnait aucune nouvelle, ne répondait pas aux lettres, ni au téléphone. Quand elle n’était pas là, elle n’était pas là. Quand elle était là, elle était au centre.


Je parle d’une époque où n’existaient ni les portables, ni les réseaux sociaux. Mais aujourd’hui, où nous nous sommes un peu perdues de vue, elle est restée la même pour cela, nouvelles technologies ou pas.


J’ai appris tardivement qu’elle avait été abusée sexuellement par le Père Monceau, le même prêtre qui m’avait fait des avances sans aller jusqu’au bout avec moi. C’est peut-être là qu’elle a appris à garder ses distances avec les personnes qu’elle attirait.


J’étais moins proche d’Isabelle. Au départ, j’ai été son amie parce qu’elle était l’amie de Nicole. Isabelle est devenue une grande artiste, et elle l’était déjà toute jeune, mais je ne le percevais pas. Elle avait plus de maturité que moi qui suis restée longtemps une adolescente attardée. Elle avait une érudition que je ne soupçonnais pas, car si j’étais une « bonne élève », j’étais une bonne élève qui se satisfaisait de l’enseignement de mon école de sœurs, où l’art et la littérature étaient soigneusement expurgés de ce qui n’était pas catholique.


Isabelle brillait moins que moi sur le plan scolaire, parce qu’elle avait trouvé mieux à faire.


Catherine était profondément différente de nous trois, Nicole, Isabelle et moi. Elle nous trouvait intello, parce qu’elle-même se sentait un peu complexée sur ce plan. Mais cela n’avait pas grande importance, parce qu’on l’aimait bien. Catherine était ce genre de personne que l’on « aime bien », qui n’a pas de talent particulier sauf celui, énorme, d’apporter un sentiment de bien-être là où elle passe, quelqu’un de simplement profondément gentil. Je me demande si c’est un trait de caractère, où juste comme pour moi, le désir d’être bien avec tout le monde pour limiter les risques dans l’existence. Je pense que Catherine était meilleure que moi, généreuse, sans calcul. En tout cas, cela me fait du bien de le penser.

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