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Eve Adam 22 - Ogres dévoreurs d’enfants et marâtres assassines

par Hélène Grenier 10 Février 2021, 16:10 Ecriture Hélène Grenier

Personne ne devient jamais vraiment adulte. L’enfant que nous avons été est toujours là, bien vivant, tout au fond de nous (…) Mais la maturité n’est qu’un leurre, une entrave à notre âme libre d’enfant.
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Jirô Taniguchi, Quartier lointain (manga, tome 1, 1998) 

[Suite des souvenirs d'Eve Adam, en réalité Christine Adam, écrivant sous le pseudonyme d'Hélène Grenier.]

Vers 2010, je retrouve « Tartareus Draco », une nouvelle écrite en 1971, quand j’avais dix-huit ans. Je suis embarrassée avec ce texte qui comporte des scènes violentes, perverses, impossible à faire lire aujourd’hui à qui que ce soit. Pourtant, je l’ai montré à Nicole juste après l’avoir écrit. Et je me souviens de sa remarque, citant les noms des quatre personnages diaboliques de l’histoire : "Matex" = Eve, "Rajehao" = Nicole, "Forstak" = Catherine, "Paluvio" = Isabelle. C’est-à-dire que les monstres décrits dans ces pages sont le décalque paradoxal et masculin des quatre copines de la communauté que nous avions formée à cette époque, pétrie d’idéalisme boy-scout et soixante-huitard.


L’imagination débridée, mais il faut le dire perturbante de ce texte aurait inquiété la Eve adulte et mère de famille que je suis devenue, si ma fille ou l’un de mes garçons, au même âge, en avait été l’auteur. Comment admettre que celle qui compose une telle histoire soit parfaitement équilibrée ?


Ce texte n’est pas le seul dans ce registre bizarre : de 1968 à 1981, j’en commets d’autres. Ils ont pour point commun de mettre en scène des personnes, enfants ou adultes, qui subissent toutes sortes de violences. À l’approche de la soixantaine, et mes propres enfants étant plus âgés que moi à cette époque, j’ai mon explication : j’ai eu beaucoup de mal à quitter mon enfance, à devenir femme, à accepter la perte de la toute-puissance de l’enfance déchargée de toute responsabilité. Ce que je percevais comme la médiocrité de la condition adulte, aggravée par mon caractère timide et angoissé, avait besoin d’un exutoire. Moi si gentille, si calme, foncièrement non-violente, je pouvais dans le secret de mes carnets montrer de quoi j’étais capable dans la rébellion contre cette médiocrité, contre tous ces interdits de la condition adulte que j’intégrais en surface et auxquels je résistais dans mon imagination.


Le souvenir des contes lus dans mon enfance, avec leurs ogres dévoreurs d’enfants et autres marâtres assassines n’était pas loin non plus.
 

P.S.  d'Hélène Grenier
Je me rends compte que le 3 septembre 1971, date de signature de ce texte choquant, correspond aux quelques jours précédant ma démission de l’Ecole Normale d’Institutrices ! Avec le recul, j’ai compris que j’avais intégré cette école par méprise, pour retrouver le temps béni de mon école primaire. A la rentrée 1971, en me retrouvant seule en stage devant une classe d’enfants de huit ans, encore une gamine moi-même, je n’ai ni l’envie, ni la capacité de jouer un rôle d’adulte. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire, au cours de l’année scolaire 70-71, un article pédagogique inspiré des thèses de « Libres enfants de Summerhill » dans une petite revue alternative, en me faisant passer pour une institutrice établie. À 18 ans, Dr Eve théorise dans la pédagogie et Mrs Adam laisse libre cours à ses penchants criminels imaginaires. Si ce texte était tombé aux mains d’autorités, j’étais bonne pour la garde vue, et peut-être plus grave.

P.S. d’Yves Desvaux Veeska : j’ai retrouvé le cahier « Tartareus Draco ». Hélène Grenier / Christine Adam préfère ne pas le publier sans avertissement, et ne se sent  pas prête à écrire cet avertissement.

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